Elsa DESPINEY, Historienne de l'art

Quand les mots deviennent des sculptures

Sur échelles, suspendus, en équilibre, des personnages s'activent. Ils Tirent, soulève, escaladent, portent ; scient, chevauchent. Tous sont les acteurs d'une mise en scène savamment travaillée par Mamady SEYDI, jeune sculpteur de Mbour. Cet artiste diplômé de l'Ecole des Beaux Arts de Dakar s'inspire de 400 proverbes qui enrichissent la culture Wolof, pour donner naissance à des sculptures où domine la gestuelle de la figure. A travers ce concept, l'artiste conserve toute sa liberté d'interprétation et ainsi l'aspect esthétique n'est jamais restreint à une simple illustration. Au contraire, l'œuvre de Mamady Seydi est un dialogue constant entre l'artiste, sa culture baignée par la tradition proverbiale et sa recherche plastique.
Avec la technique Choisie, plasticien modèle plus qu'il ne sculpte au sein traditionnel du terme. Il emploi du fer, du papier, du tissu qu'il recouvre d'une peinture brunâtre semblable à la couleur du bronze. L spectateur croit alors que la sculpture est lourde, pesante alors que sa légèreté la conduit à onduler au gré du vent. Les personnages sans physionomie particulière, flottent en parfaite osmose avec leur environnement conçu à partir d'échelles offrant une construction modulaire qui permet de mettre en avant cet équilibre permanent.
En effet cette notion rejoint le sens donné aux proverbes qui sont des sortes d'énigmes démontrant que l'homme est toujours sur le fil entre le bien et le mal, que l'individu doit suivre une sorte d'initialisation pour atteindre son propre équilibre.
Avec ses œuvres, Mamady Seydi a une approche sociale de son art dans laquelle, au-delà du plaisir plastique, il cherche à comprendre le genre humain et à percevoir la place qu'il occupe dans la société. Mais c'est aussi une manière de sauvegarder le patrimoine culturel et de diffuser un aspect de la tradition orale Sénégalaise.

Elsa DESPINEY, Historienne de l'art .
Dakar, avril 1999