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Arts Plastique ? Source d'inspiration de Mamady Seydi, les adages wolofs.

Sculpteur de proverbes.
Impossible de parler de sculpture Sénégalais sans penser aussitôt à Ousmane Sow. Et si, justement, l'œuvre de cet immense artiste nous incitait à découvrir ce qui inspire ses jeunes compatriotes ? La première édition de Mawazin, à Rabat, a donné aux festivaliers l'occasion de découvrir les sculptures de Mamady Seydi, qui était exposées jusqu'au 8 juin dans la mezzanine du théâtre Mohamed –V. L'ensemble présenté s'intitulait « Waxi Maam », ou « paroles des Ancien ». En effet, depuis cinq ans, Mamady façonne des proverbes Wolofs que son père, fonctionnaire itinérant, avait collectés auprès des Anciens dans les régions où il a été en poste. Puisant dans ce recueil les adages qui l'émeuvent le plus, Mamady a choisi de les interpréter à sa façon en opérant la délicate transition du verbe à la matière. Et comme ce jeune homme sensible ne reste pas de marbre face aux conflits qui déchirent le continent, les thèmes de la paix et de la solidarité reviennent fréquemment dans son œuvre répond-il de sa voix nonchalante. Traduction ? « il est facile de faire basculer celui qui n'a pas d'appui »… « A travers « Waxi Maam », mon objectif est de participer à la sauvegarde de notre patrimoine culturel par la valorisation et la diffusion d'un aspect de la tradition orale Sénégalaise », confie-t-il
Né à Dakar en 1970, d'une mère couturière et d'un père gendarme, Mamady vit et travaille aujourd'hui à Mbour, à 80 km de la capitale, où il a la réputation d'un solitaire qui aime contempler les vagues. Il a choisi d'installer son atelier loin de l'agitation de Dakar pour ne pas céder aux sollicitations extérieures qui nuiraient à sa concentration. Ses sculptures s'articulent autour d'une multitude de personnages souvent juchés sur des structures élevées qui font partie intégrante de ses réalisations. Il utilise une technique mixte mêlant le bois, le papier, le tissu, le fer rouillé, autant de matériaux aux tons bruns, « une couleur qui évoque l'ancienneté et la durée comme les proverbes »
Après des études à l'Ecole Nationale des Beaux Arts de Dakar, Mamady a travaillé comme décorateur pour une société privée, mais il a rapidement renoncé pour se consacrer pleinement à ses propres projets. Exposée à plusieurs reprises dans son pays depuis 1998, son œuvre a été également présentée à Limoges, en France, et à Liège, en Belgique. En 2000, Mamady Seydi a reçu le prix de l'Agence intergouvernementale de la francophonie à l'occasion de la Biennale de l'art africain contemporain de Dakar, ou il était également présent cette année.

Fadwa Miadi