ARTICLES DE E.Lou-Sih

Miss Ebene N° 6 jan/fev 2002

Formé à la communication graphique à l'Ecole des Beaux Arts de Dakar, il développe depuis 1998 des projets artistiques axés sur la sculpture. Lauréat, lors de la biennale 2000 de l'art de l'Agence intergouvernementale de la francophonie, il était en résidence à l'E.N.A.D. de Limoges Aubusson au printemps dernier.
Les proverbes Wolof guident sa création et chacune de ses sculptures est une histoire, une réflexion, un questionnement sur l'Afrique, sur cette Afrique entre passé et avenir. Pour en témoigner, le plasticien puise dans l'oralité : ''l'oralité est une forme de communication ancienne mais il y a cette barrière linguistique car elle est véhiculée dans un cercle familial, dans une sorte d'entre nous. Moi j'essaie de trouver un autre support qui est la sculpture pour véhiculer ces messages tout en essayant de trouver un petit truc personnel'' Et ce truc personnel, ce petit truc à lui tient dans le choix des matériaux et une technique qui lui est personnelle. '' J'ai été initié à différentes technique et j'essaie, à partir de matériaux divers (bois, fer, papier, produits naturels et industriels) et du modelage qui est une technique de volume, d'avoir une technique personnelle que j'améliore au fur et à mesure de mes créations.''
Bien que se démarquant de son célèbre compatriote Ousmane SOW duquel on le rapproche souvent au regard des matériaux, l'artiste lui reconnait cette ouverture qu'il a apportée aux plasticiens du continent : ''Ousmane SOW est un aîné, une référence en ceci qu'il a ouvert des voies et nous a montré qu'on pouvait ne pas se limiter à faire des statuettes, qu'on pouvait faire parler notre travail. Il nous a donné le courage de montrer ce qu'on a réellement dans le ventre. De plus en plus, les sculpteurs arrivent à s'imposer. La sculpture a été longtemps le parent pauvre des arts plastiques. On arrive à découvrir de nouvelles formes de sculptures. Ce qui nous aide c'est l'installation et en cela, la reconnaissance d'Ousmane SOW et son statut nous ont aidés'' Ett si la sculpture, au Sénégal et plus généralement sur le continent, reste encore par endroit imprégnée de sa logique totémique et symbolique, ce qui ne facilite pas la différence entre le Mystique et l'Art, les sculptures trouvent petit à petit la place qui leur revient. ''Les gens s'habituent à cette forme d'expression. L'art a été démystifié mais quelques personnes sont réticentes encore. D'ailleurs quand j'ai démarré, un oncle me disait de ne pas faire de la sculpture, de la représentation humain. Mon objectif à moi sculpteur, c'est moins la représentation que la communication. Je refuse la terme de statuette ou de référence aux totems aux objets de cultes. Je ramène la sculpture à une autre dimension, une dimension communicative.'' Communication qui passe par ces proverbes Wolof que père a collecté dans plusieurs régions du Sénégal, une manière de faire le pont entre ce passé qui s'éteint parce que délaissé et cet avenir improbable, entre précarité et urgence. Une manière de retour aux sources pour mieux envisager l'avenir ou tout au moins comprendre ce présent oppressant comme le suggère un des un des proverbes, titre d'une de ses sculpture. ''Hier, c'est du passé, mais vaut le souvenir. L e passé n'exclut pas le souvenir. ''

Texte E.Lou-Sih